Damien BIRO à Calais

Damien Biro, fils du Calaisien spécialiste en sécurité, Alain Biro, a reçu le Grand Prix du concours Lépine pour l'invention d'un moteur hydride. Rencontre et explications.



Vous avez reçu le Grand Prix du concours Lépine pour récompenser la conception d'un moteur hybride. En quoi consiste cette invention ?

« Le concept est assez simple. Mon père a coutume de dire que j'ai inventé le fil à couper le beurre du véhicule électrique. Le problème de la voiture électrique, c'est son autonomie, 60 à 70 km. De manière simple, il s'agit d'ajouter un groupe électrogène de 38 kilos qui recharge la batterie.

La batterie n'est donc pas le nerf de la guerre de notre technologie. Les véhicules sont très légers et on demande à la batterie peu de puissance. On leur demande aussi peu de capacité en raison d'un groupe électrogène embarqué. Nos batteries sont donc moins sollicitées et donc moins volumineuses, pour un poids d'environ 30 kilos.

Un autre avantage est aussi que le groupe électrogène ne recharge pas la batterie complètement pour permettre de la brancher sur secteur à son domicile.

Cette formule coûte moins cher, et est plus propre. Ce concept ne peut cependant fonctionner que sur des petits véhicules à vocation urbaine, même si on a la possibilité de rouler à 100 km/heure. Quant à l'autonomie, elle correspond aux dix litres du groupe électrogène, soit environ 700 kilomètres. »
 
Votre moteur est-il destiné à équiper n'importe quel véhicule ?

« Non. Nous sommes sur le marché de la voiture urbaine ou péri-urbaine. Il n'est pas question de faire Paris-Nice. En revanche, pas de problème pour faire Calais-Boulogne ! Il s'agit d'un marché où l'homologation s'appelle le quadricycle lourd, qui exige le permis B1. Trois marques de voiture veulent s'engager avec nous pour équiper un total de cinq modèles. Mais c'est aussi là l'originalité de notre concept. J'ai réalisé que le marché du petit véhicule écolo explose, mais au lieu de concevoir un unique véhicule propre avec un moteur hybride, l'idée est de fabriquer un moteur propre pour de nombreux types de véhicules. Il s'agit d'une stratégie totalement différente. »

Vous êtes donc en quelque sorte un équipementier ?

« Exactement. C'est cette stratégie qui est originale. Au début du projet, je voulais faire un véhicule global et parfait. Mais il est plus efficace de se greffer sur des véhicules déjà existants. Ma solution est unique, mais elle s'adapte à un grand nombre de véhicules. »

Quel pourrait être le défaut du système ?

« Il est très bien adapté pour la ville, mais on ne peut imaginer équiper de gros véhicules. »

Comment vous est venue cette idée ?

« Je suis pharmacien de formation, mais j'ai toujours été passionné par l'automobile. Je trouve ça passionnant. Le marché, le marketing, la technique. Mon projet a pris forme fin 2005. Ça a commencé par une nuit blanche. Je me suis dit, il y a un truc à faire, là. Le lendemain, j'ai rédigé un plan de développement en une vingtaine de pages. Puis je suis allé voir plein de bureaux d'études. J'ai réalisé un travail énorme de préparation, des centaines de milliers d'heures de travail. J'ai travaillé quasiment jour et nuit. »

Avez-vous travaillé seul ?

« Non. Après la phase de conception, il y a des compétences techniques que je ne maîtrise pas. La maîtrise des calories, les liaisons de sol, comment le moteur va réagir, c'est le travail du bureau d'études. Après avoir trouvé ce bureau d'études et qu'on a bien défini les missions et la manière dont nous voulions collaboré, je me suis attaché à réunir une équipe compétente et dans laquelle je pouvais avoir confiance : mécanicien, génie des matériaux, spécialistes de l'électromagnétique, carrossier. Pendant trois ans, il a fallu trouver des perles et faire un planning de développement.

En 2006, nous avons été lauréat d'un concours « Plug and start », organisé par le technopôle de l'Aube. Nous avons eu la meilleure note. Nous avons pu démontrer alors aux partenaires potentiels que le projet tenait la route. On a séduit la collectivité d'agglomération de Dreux qui bénéficie de fonds européens destinés au développement de projets industriels. En 2008, nous avons intégré un plateau technologique en 2008. »

Imaginiez-vous recevoir ce Grand Prix pour l'invention de votre moteur hybride ?

« Absolument pas. C'est un partenaire qui m'a poussé à me présenter au concours Lépine. Je suis allé à la remise de récompenses les mains dans les poches et je me suis fait tirer l'oreille parce que je n'avais pas mis de cravate ! La remise des récompenses a duré trois heures et demi. Nous avons eu la plus grosse médaille ! La médaille de la CCI de Paris et le trophée. »

Que vous apporte ce concours ?

« C'est un achèvement. Une reconnaissance énorme. J'aime ce que je fais. Je suis heureux de me lever le matin parce que je sais pourquoi.

La Voix du Nord, 15/05/2009